COMMENT CHOISIR SON INTERVENANT EN COMPORTEMENT CANIN?

C’est la question que tout le monde se pose, mais comment choisir un bon éducateur canin? Suite à de récents événements, où un chien à été négligé et maltraité suite à un séjour chez un “dresseur” pour “corriger” ces problèmes de comportement, il est normal d’avoir peur de faire affaire avec des “professionnels” dans un milieu qui n’est malheureusement pas encore réglementé.

Ce type de situation arrive malheureusement trop souvent. On cherche de l’aide auprès de "professionnels", on veut aider notre chien, et on finit par aggraver la situation ou même, augmenter les risques d’agressivités.

Au Québec, pour l’instant, n’importe qui peut s’improviser et se proclamer “professionnel” en comportement canin! Si on ne connaît pas certaines bases en comportement animal, il est facile de tomber dans certains pièges, et de se laisser séduire par des dresseurs d'expériences qui nous présentent leurs chiens qui écoutent parfaitement et qui ne bougent pas d’un poil sans qu’on leur en ai donné l’ordre.

Voici donc certains éléments importants à considérer afin de déterminer si l’intervenant est réellement compétent, ou si on serait mieux d’aller chercher de l’aide ailleurs.

 

EXPÉRIENCE ET COMPÉTENCE

“L’expérience n’est aucunement un gage de compétence.”

Beaucoup de dresseurs mettent de l’avant leurs années d’expérience à travailler avec les chiens. Depuis 10, 20, 40 ans… L’expérience est effectivement très importante pour être en mesure d'appliquer nos connaissances adéquatement. Par contre, si l’on ne se base que sur notre expérience personnelle ou même professionnelle, sans jamais prendre la peine de se remettre en question, il est possible que l’on expérimente depuis toujours notre incompétence.

Avec l’expérience, il faut impérativement la combiner avec la remise en question, la recherche de nouvelles connaissances et, dans le domaine animalier, la formation continue. Si l’on ne se met pas à jour, il est facile de développer des biais cognitifs qui nous conforte dans nos propres expériences, et de rejeter tout ce qui va à l’encontre de nos croyances.

 

-Demandez à l’intervenant quelles sont les dernières formations qu’il a suivies, à quand remontent-elles?

 

-Est ce que l’intervenant met de l’avant ses années d’expérience, ou il met de l’avant ses formations et certifications?

 

COMPRÉHENSION DU COMPORTEMENT ANIMAL

Bien sûr, lorsqu’on rencontre un intervenant en comportement canin, on s’attend qu’il en connaisse plus que nous, et donc, nous ne questionnons pas les informations qu’il nous donne. Par contre, il est facile de développer un petit "radar à bullshit” qui nous permet facilement de déterminer si l’intervenant est réellement compétent et à jour en comportement animal ou non.

Voici donc les éléments qui devraient faire résonner votre radar.

 

-L’intervenant parle de dominer le chien, de devenir le mâle alpha ou le chef de meute. Ce sont des mythes encore largement répandus, mais ces principes sont faux et n'existent pas. L’instigateur même de ces croyances s’est rétracté en mentionnant s’être trompé. Si un intervenant base ses méthodes et ses connaissances sur ces mythes, c’est le moment de fuir.
Chien berger allemand qui se fait dominer
-L’intervenant mentionne que le chien doit nous respecter.
Effectivement, le chien n’a pas la notion du bien et du mal, et par le fait même, n’a pas la notion du respect. Par contre, il ne peut pas non plus manquer de respect. N’ayant pas cette capacité de respect, baser ses méthodes et ses connaissances sur ce principe est erroné et peut mener à des erreurs d’intervention et ne permet pas de déceler la vraie source d’une possible problématique.

 

-L’intervenant parle de correction ou tente de “corriger” un chien.
On veut tester la vraie compréhension du comportement animal, c’est le moment! Pour qu’il y ait une correction, il faut qu’il y ait une erreur à corriger. Les chiens n’ont pas la notion du bien et du mal, ni la notion de produire des erreurs de comportement. Le principe de correction n’est pas applicable chez le chien, et le fait de croire que cela est applicable démontre généralement un signe d’incompétences. Un dresseur qui “corrige” un chien fait en réalité une P+, sans même le savoir...

 

-L’intervenant dit travailler en Renforcement positif (R+).
Bien que le R+ est un principe comportemental existant, il est pratiquement impossible de travailler avec un animal uniquement en utilisant du R+. Si un intervenant mentionne travailler en R+, il faudrait lui demander s'il ne fait réellement que du R+, ou s’il utilise en réalité du conditionnement répondant aussi, ainsi que d’autres principes de la mécanique de l’apprentissage. S’il est en mesure d’expliquer et d’utiliser ces autres principes, cela devrait bien passer.

 

-L’intervenant dit travailler en “balanced training”
Cela semble très attrayant, des méthodes équilibrées. Le problème est que cette méthode ne veut rien dire, et même ceux mentionnant travailler en “balanced training” ne s’entendent pas sur ce que cela veut dire. Cette méthode est souvent utilisée pour justifier l’utilisation de tous les outils coercitifs possible, mais ne sont généralement pas en mesure d’expliquer concrètement quels sont les effets comportementaux sur le chien lorsqu’ils utilisent ces outils aversifs. Cependant, il n’existe pratiquement pas de personnes se disant travailler en “balanced training” qui se mettent réellement à jour dans leurs connaissances et compétences, et qui comprennent réellement la mécanique de l’apprentissage.

 

Donc, il faut s’assurer que l’intervenant suive des formations en continue et prend la peine de toujours parfaire ses connaissances. Qu’il n’utilise pas de termes ou de concepts erronés, et qu’il soit en mesure de comprendre et d’expliquer ce qu’il applique et pourquoi le chien produit ou modifie son comportement.

 

LES OUTILS UTILISÉS

Un intervenant compétent et à jour sait comment bien travailler en collaboration avec un chien pour entraîner ou modifier des comportements. Il n’est jamais nécessaire d’utiliser la force, la peur ou la confrontation pour qu’un animal produise ou modifie un comportement. Un éducateur ou un comportementaliste canin compétent va être en mesure de s’adapter à chaque chien, et d’établir un bon plan d'intervention sans utiliser d’outils coercitifs.

 

Si un dresseur utilise des outils tels qu’un collier étrangleur, à pic, électrique, etc. c’est généralement parce qu’il n’a pas assez de connaissances ou de compétences pour travailler autrement. Généralement, un dresseur utilisant ce genre d’outils va dire qu’il corrige le chien (ce qui n’existe pas), ou qu’il faut dominer le chien (ce qui n’existe encore pas). Dans certains cas, ces outils vont même être utilisés dans des cas de réactivité ou d’agressivité. Utiliser la force, la peur et la douleur pour régler un problème qui est généralement déjà lié à la peur, risque d'aggraver la situation comme on le voit trop souvent.

L’argument généralement utilisé est que tout outil peut être bon si on sait comment bien l’utiliser et comment s’en servir. Mais ce n’est pas un argument valable, ce n’est qu’un sophisme qui ne veut rien dire… On ne peut pas conclure que tout est bon si seulement lorsque bien utilisé. Parfois, la meilleure façon de l’utiliser est justement de ne pas l’utiliser.

 

Un éducateur ou comportementaliste compétent ne va pas utiliser d’outils aversif, et va plutôt se baser sur pleins de principes comportementaux, de mécanismes de l'apprentissage, et toutes ces connaissances, afin de travailler avec l’animal sans avoir à le confronter. Il va généralement favoriser l’utilisation d’un bon harnais afin d’éviter que l’animal se blesse, et plutôt que d’utiliser la force pour éduquer le chien, il utilisera son cerveau.

 

LE CHOIX

Le choix revient donc à nous de bien choisir son intervenant, de s'assurer qu’il suit des formations en continue, qu’il travaille en collaboration avec le chien, qu’il n’utilise pas d’outils aversifs, mais plutôt son cerveau pour bien travailler avec l’animal. Qu’il soit en mesure de comprendre et d'expliquer ce qu’il fait et pourquoi le chien réagit ainsi.

En faisant affaire avec des intervenants membre de regroupements professionnels ayant des standards élevés et un code de déontologie, cela nous permet d’assurer notre sécurité et bien-être, mais également celui de notre chien.

Cédrik Dubord

Intervenant en comportement canin et propriétaire de CaniScience

cedrik.dubord@gmail.com

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